Les Artistes

Igor et Lily Dromesko

Le Théâtre Dromesko, c’est Lily et Igor, également des comédiens, des musiciens, des danseurs, des animaux, bref « des bêtes de tous poils ». Volières ou baraques, leurs maisons ambulantes sont autant d’étapes de leurs vies. Le Théâtre Dromesko est toujours sur la route, lentement. Et s’installe au beau milieu des villes et des villages et vous invite à entrer dans son monde bigarré… On y est comme chez soi, dans une vie de tous les instants, frappée de poésie et de liberté.

Entretien avec Igor et Lily Dromesko

Igor  « Autant aller de suite au restaurant, manger la bouche pleine ne nous a jamais gênés. [passage de la commande] C’est incroyable que l’on nous mette parfois du côté du cirque, ce que l’on fait ça n’a rien à voir ! On fait du théâtre itinérant, c’est tout, et ça existe depuis un bout de temps. »
Lily    « Aujourd’hui, tout doit entrer dans une case. Sinon tu ne peux pas entrer dans le Pariscope ! Certes, il y a des animaux, mais ils ne sont pas dressés. Ils vivent en permanence avec nous. En fait, nous sommes pas mal aussi du côté de la danse… et de l’image, et de l’onirique. Avec des liens avec la peinture ! Mine de rien, on est toujours influencés par des choses que l’on aime. Même si on ne souhaite pas les reproduire. Tu vois : James Ensor, Chagall… »
Igor    « Notre théâtre est ambulant. On fait de l’itinérance lente, à la vitesse des escargots. Notre maison est le décor essentiel de ce que l’on fait, ça permet aux gens d’entrer comme chez quelqu’un. Ah merci ! [livraison du rosé]. C’est habité notre théâtre. Y a une âme ! Quand nos filles étaient petites, elles finissaient de manger quand le public rentrait. Pas besoin de surjouer les choses. Les gens passent un moment chez nous, à la fin on boit un coup. »
Lily    « En général, quand on est sur une nouvelle création, on use les heures de route dans le camion à partir dans des délires. Tous les deux, on a ce sens commun. Ça s’accorde, ça se chamaille ! On part sur des images comme des mômes. À aucun moment, nous nous disons : impossible de faire ce truc ! Pour le spectacle Le Jour du grand jour,
nous travaillons avec quatre danseurs. Maintenant que nous sommes à la fin de notre carrière, c’est vrai : nous écrivons les séquences. On est devenus professionnels ! »
Igor    « On écrit parce qu’on oublie, c’est l’âge ! Ce qui compte pour un spectacle c’est lorsque les gens nous disent : c’est vivant ! Quand ils partent en disant : Quel beau travail ! Beurk ! Mais s’ils se mettent à
parler d’eux, c’est un plaisir. »
Lily    « Le Jour du grand jour, c’est sur les cérémonies : mariage, enterrement, discours d’un maire… La naissance du théâtre c’est ça : comment mettre des mariés en scène qui avouent leur amour devant d’autres. Le théâtre, c’est donner en public quelque chose d’intime. Il faut qu’il y ait un geste, avec costumes et maquillages, pour encaisser ! Dans les mariages, alors que tu montres ton amour à quelqu’un, les gens sont en train de s’empiffrer ! »
Igor    « Le dessert ! Pour créer nos spectacles, nous agissons volontairement de façon instinctive, intuitive. Devant un mur, nous savons comment passer sur le côté. C’est rare que ça ne marche pas vu que nous partons de la réalité, d’un théâtre qui se nourrit de la vie, l’amour, la mort, la complicité… Le théâtre s’éloigne de ça
parfois ! On aime faire un théâtre qui fait face aux nuisances de la vie. Si un orage tombe sur le théâtre, il faut gueuler ! Ça n’irait pas à Claude Régy. Si une mouche pète, il arrête ! »
Lily    « Le spectacle Le dur Désir de durer, ça devait s’appeler Après demain, demain sera hier… Michel Onfray, on ne sait pas comment il a connu ce proverbe roumain, et bien il l’a pris pour un de ses trucs de conférence… »
Igor    « Du coup, il y avait ce titre d’un livre de Paul Éluard avec des dessins de Chagall. Merci Paulo ! On a appelé Gallimard. Ils s’en foutaient qu’on utilise le titre… »
Lily    « D’ailleurs, dur Désir de durer, ça vient peut-être du mouvement Dada… »
Igor    « C’est André Breton ».
Lily    « Attends, Breton il s’attribuait tout ! »
Igor    « C’est du recel. »
Lily    « C’est tellement juste, ce titre. Tous les matins, je me réveille et me dis qu’il faut que je tienne jusqu’au soir… »
Igor    « C’est l’arthrite ! Nous, on est un peu cinglés quand même. Y a de vrais décalages sur scène. Dans Le Jour du grand jour, le texte du maire n’a rien à voir avec ce qui se passe derrière. Ce qui énerve certains directeurs de théâtre qui disent : ce n’est pas fait pour mon public. J’adore ! Des cafés ? Oui deux serrés pour l’intervieweur et moi ! »
Lily    « Moi, pas serré. Pas une auge non plus. »
Igor    « Nous, on aime bien inverser les codes, commencer par le bouquet final ! Après creuser, remonter… Je ne comprends pas les gens intelligents côté artistes. Certains, tu ne les connais pas, tu peux leur prêter la bêtise. Je ne dis pas ça méchamment : quand ils font des choses fortes, ils ne savent pas s’arrêter… À un moment, faut savoir. Ce sont des intelligents lourds. Nous, on est peut-être cons, mais on est des cons affûtés. »