Maylis Raynal

Maylis Raynal est née à Saint-Palais, au coeur du Pays basque, où elle découvre la musique dès l'âge de six ans à travers l'apprentissage de la flûte traversière et du piano. Imprégnée dès l’enfance par la richesse des musiques classiques et traditionnelles, elle développe une pratique musicale nourrie à la fois par l’écrit et par l’oralité. Très tôt animée par le désir de créer, elle s’oriente naturellement vers la composition.

Elle se forme au conservatoire de Bayonne puis de Toulouse, où elle étudie la composition électroacoustique, la composition instrumentale et vocale, la musique à l’image, l’écriture, le piano et le chant traditionnel. Elle poursuit ensuite son parcours à Paris en intégrant le Pôle Supérieur en composition électroacoustique, avant d’obtenir en 2018 un master Acousmatique et Arts Sonores à l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée, en partenariat avec le GRM (Groupe de Recherches Musicales).

Maylis développe son activité artistique à la croisée du chant et de la composition, au sein de projets variés : enregistrements, commandes, performances, créations sonores... Elle accorde également une grande importance à la transmission, à travers des projets de médiation culturelle, la direction de choeur et les cours de chants.

Elle est compositrice et interprète au sein de la compagnie de création sonore et musicale Alcôme, chanteuse dans le trio de chant “craditionnel” Les Cop(i)nes, et membre du groupe de musique traditionnelle augmentée Lurodei. Elle développe actuellement son projet personnel de chansons qu’elle signe en son nom et qu’elle porte sur scène en quartet.

Maylis collabore régulièrement avec différents médiums (danse, théâtre, vidéo, conte) et est membre du collectif LAARPI.
Elle enseigne également la composition électroacoustique au CRR de Bayonne à depuis 2025.

Artiste compagnon dans le cadre du dispositif compositrice associée à partir de la saison 24/25, avec le soutien de la SACEM et du ministère de la Culture.

Maylis Raynal, votre parcours réunit le chant, la composition et la création sonore…

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Très jeune, j’ai développé deux pratiques en parallèle : le chant et la création, en plus d’une pratique instrumentale. Je ne supporterais pas d’être uniquement compositrice, pas plus que je ne pourrais être seulement chanteuse. Ces deux dimensions se nourrissent mutuellement et participent d’un même équilibre. Le chant est arrivé à travers les musiques traditionnelles, notamment la polyphonie vocale, qui demeure mon plus grand amour musical. Si je ne devais conserver qu’une seule pratique, ce serait celle-là.
J’ai également travaillé autour de la chanson et des musiques actuelles, tout en mettant parfois ma voix au service de la musique contemporaine et électroacoustique. La composition, elle, relève d’un travail plus intérieur. Elle demande du temps, de la solitude, de la réflexion. Le chant apporte une forme d’immédiateté, de partage et de présence à l’autre qui équilibre ce travail plus introspectif.

Vous êtes très investie dans les musiques traditionnelles basque et gasconne. Comment travaillez-vous ces répertoires ?

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Ces répertoires constituent un immense terrain de recherche. Il m’arrive de chercher des chants dans des fonds d’archives, des bibliothèques spécialisées, mais aussi auprès des personnes ou des ami(e)s qui transmettent oralement ces patrimoines. Au fil des années, j’ai constitué ma propre mémoire de chants et de mélodies. Ce qui est passionnant dans les musiques traditionnelles, c’est précisément cette transmission orale. Bien sûr, on trouve parfois des partitions mais l’essentiel passe par l’écoute, la mémorisation et le partage. Les chants ont parfois voyagé, traversé les frontières, les siècles, se transformant au gré des interprètes. Au sein du collectif LAARPI, qui est au cœur de mon travail sur le territoire, nous accordons dans certains de nos projets aussi une grande importance aux textes. Nous nous interrogeons sur leur résonance aujourd’hui. Certains chants portent des représentations très datées, parfois sexistes ou patriarcales. Nous faisons alors un travail de réécriture ou d’adaptation pour les inscrire dans notre époque sans perdre leur force ni leur ancrage. Mais ce qui me passionne le plus reste la polyphonie. Lorsque plusieurs voix trouvent l’équilibre, il se produit quelque chose de presque magique. Les individualités s’effacent au profit d’un son collectif. C’est une expérience qui m’anime depuis toujours.

À l’autre extrémité de votre univers artistique se trouve la musique électroacoustique…

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J’ai commencé très tôt à écrire des morceaux au piano en même temps que j’apprenais l’instrument. Plus tard à 16 ans, je suis allée au Conservatoire de Bayonne pour m’inscrire en composition instrumentale et vocale et en écriture, et j’ai découvert presque par hasard la classe de composition électroacoustique. Cette rencontre a été déterminante. Ce fut une véritable révélation. Ce qui m’intéresse particulièrement dans la musique électroacoustique, c’est sa démarche. La musique instrumentale écrite émerge de la pensée du compositeur, passe par plusieurs étapes et se termine par l'interprétation de l'œuvre qui fait enfin sonner et exister la musique. Quant à la musique électroacoustique, elle travaille presque immédiatement à partir de la matière sonore. Le matériau sonore, au delà du projet de création, devient le point de départ de la création. La notion de beauté du son est envisagée et tout peut devenir matière sonore à explorer : des voix, des paysages, des objets, des souvenirs, des lieux, des personnes. Dans mes pièces, on retrouve souvent ma propre voix, des chants dissimulés çà et là, mais aussi des sons enregistrés dans mon environnement proche, entre le journal intime sonore et le carnet de voyage.

Comment est née la proposition Fête la mort !, l’un des temps forts de votre présence cette saison ?

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Avec le collectif Myr’, nous partageons cette envie de créer des formes d'événements rituels qui célèbrent les moments importants du calendrier en mêlant musique, arts visuels, récit, participation et expérience collective. Fête la mort ! est née d’une réflexion sur la place que nous accordons aujourd’hui aux disparus. Notre intention n’est pas de célébrer la mort elle-même, mais de célébrer les morts. Nous souhaitons créer un moment de mémoire, de recueillement, de fête et de partage. Un espace où chacun peut venir avec ses souvenirs, ses absences, ses histoires. La soirée prendra la forme d’un parcours sensible associant banquet pour nos défunts, musique, chants, récits, images et gestes participatifs.

Dans le cadre de ce projet, je présenterai également une création intitulée Parle-moi de tes morts, je te dirai qui sont les miens, interprétée par Lolita Delmonteil, Vianney Desplantes, Stéphane Garin et moi-même. Cette pièce s’interroge sur les formes contemporaines du recueillement.

Avec Égrégore, soirée tradition.elles vous proposez une soirée autour des musiques traditionnelles portée par le collectif féminin LAARPI…

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Le mot « égrégore » désigne une énergie collective née de la réunion de plusieurs individus. Le collectif LAARPI rassemble des artistes qui partagent un attachement fort aux répertoires basques, gascons et à la création. Nous travaillons en français, en basque et en occitan gascon. La question de la place de femmes dans le spectacle vivant traverse naturellement nos pratiques. Le simple fait de réunir autant et uniquement des femmes sur scène constitue déjà un geste fort. La soirée réunira notamment Lolita Delmonteil, Manon Irigoyen, Maider Martineau, Maiana Etxeberri Keufterian et Laurène Pierre-Magnani. Plusieurs chœurs féminins viendront également enrichir cette aventure collective. Le parcours commencera sous la forme d’un concert avant d’évoluer progressivement vers le bal.

Dans votre proposition Nu(i)t en ondes, vous invitez le public à passer une nuit entière au théâtre autour de l’eau et de l’écoute…

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Nu(i)t en ondes est une expérience immersive imaginée avec la compagnie Alcôme, dont je fais partie depuis plusieurs années. Au cœur du projet se trouve l’acousmonium, un orchestre de haut-parleurs qui permet une diffusion spatialisée du son. L’acousmonium Alcôme est composé de presque une cinquantaine d’enceintes possédant des caractéristiques sonores différentes. Certaines diffusent l’ensemble du spectre harmonique, d’autres mettent en valeur certaines fréquences. Pour cette nuit exceptionnelle, le théâtre deviendra un lieu d’exploration sonore consacré à la thématique de l’eau et aux mondes marins. Plusieurs créations inédites y seront présentées. Je poursuivrai notamment mon cycle Bayonne la bienheureuse, un faux documentaire sonore consacré à la ville et à ses transformations. Cette pièce est construite à partir de prises de son réalisées à Bayonne et de témoignages recueillis au fil des quatre saisons. D’autres propositions réuniront artistes sonores, musiciens, étudiants de l'ESAPB - École supérieure d'art Pays basque, conservatoire et autres invités. La nuit se prolongera jusqu’à l’aube avec des expériences d’écoute variées, des créations et des pièces de répertoire et un DJ set.

Vous êtes artiste associée de la Scène nationale du Sud-Aquitain. Que vous apporte cet accompagnement ?

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C’est un dispositif extrêmement précieux dont je savoure le privilège. Pouvoir bénéficier de commandes d’œuvres, développer des projets sur mon territoire de vie et travailler avec des artistes qui m’entourent constitue une chance rare. Au-delà des créations elles-mêmes, cet accompagnement permet aussi d’imaginer des formes plus vastes, de construire des soirées, de faire dialoguer des univers différents et d’associer des collectifs qui occupent déjà une place importante dans ma vie artistique. Ce compagnonnage me permet de relier les différentes facettes de mon travail et de les partager avec le public dans toute leur diversité.

Propos recueillis par Marc Blanchet (juin 2026)