Pascale Daniel-Lacombe

Formée au théâtre et à la danse, Pascale Daniel-Lacombe croise ces deux disciplines dans ses mises en scène. Le corps du comédien s’inscrit dans des scénographies où sa physicalité est autant sollicitée que sa parole. Depuis la création du  Théâtre du Rivage, à Saint-Jean-de-Luz, cette artiste affirme cette approche de la scène en compagnie de nombreux auteurs contemporains, au service d’un imaginaire dont témoignent ses récents spectacles, Dan Då Dan Dog et Maelström.

Entretien avec Pascale Daniel-Lacombe

Vous mettez en scène des textes contemporains. Pourquoi cette orientation ?

Je trouve essentiel d’inscrire mon travail dans un rapport à l’écriture contemporaine, n’écrivant pas, ou ne pratiquant pas l’écriture de plateau. J’ai besoin d’être accompagnée par des auteurs. Il m’arrive rarement de choisir un texte existant. Je privilégie des commandes sur la base de thèmes qui m’intéressent. Mon parcours artistique a d’abord commencé par la danse : l’espace constitue pour moi une matière première pour travailler, voire sculpter. Même de façon minimaliste, je ne peux faire sans les corps et les espaces. Aussi je m’efforce d’allier une parole dramatique qui porte des émotions à des corps qui viennent en raconter d’autres. L’écriture contemporaine offre cela. Elle permet d’interroger et de comprendre le monde dans lequel nous vivons, qui demeure à mes yeux une véritable énigme. Et de passer par des écrivains qui, de manière concise, structurée, m’aident à appréhender la complexité de notre société. À moi de gérer ensuite ce qui relève de l’émotion et du mouvement.

Dan Då Dan Dog et Maelström sont deux textes contemporains tournés vers l’adolescence…

C’est le grand sujet auquel je suis confrontée. S’il ne s’agit pas de spectacles jeune public, c’est une véritable question pour l’adulte de parler de l’enfance et de l’adolescence et d’être ainsi en capacité de mieux comprendre ces périodes de la jeunesse. Nous sommes en contact avec ces générations-là en permanence et éprouvons ces va-et-vient entre ce que nous avons été et ce que nous pouvons devenir. L’adolescence permet d’approcher ces périodes de mutation, de réinterrogation, de transformation permanente. Le travail avec les auteurs oscille dès lors entre ceux qui aiment la contrainte et s’y tiennent, et ceux qui la demandent, même s’ils ne la respectent pas ! Fabrice Melquiot, auteur de Maelström, est très demandeur de contraintes ; Rasmus Lindberg, lui, est déjà de nature très contraint… Sa pièce Dan Då Dan Dog existait déjà. Je lui ai toutefois demandé de la revisiter avec la création d’un personnage supplémentaire.

Ces deux écritures bénéficient chacune de mises en scène inventives…

La chose la plus difficile dans une mise en scène, c’est de réussir la transition entre ce que j’ai conçu seule dans mon esprit et le réel. Engager une équipe avec ses énergies multiples va venir en opposition ou en osmose avec ce que j’ai en tête. Il faut équilibrer tout ça, faire le passage, accueillir ce que les gens proposent, sans jamais déroger à ce qui est pour moi la pensée de l’auteur. Pour Maelström, j’avais l’idée d’une jeune fille derrière du verre, solitaire, coupée du monde. Fabrice Melquiot, grand connaisseur de l’âme humaine, a eu la vision d’une fille sourde dans un abribus. La mise en scène s’est enrichie très vite de casques pour les spectateurs, pour se séparer des bruits ambiants de la salle et d’entrer dans la vie secrète de Vera. Quant à Dan Då Dan Dog, la folle pièce de Rasmus Lindberg, elle nécessitait une scénographie que j’ai dû mener moi-même (quoique ne sachant pas planter un clou !) afin de jouer de la temporalité des scènes, sachant qu’en une seule réplique une action peut elle-même multiplier cette variété des temps. J’essaie par ces mises en scène de trouver des possibilités au plus proche des textes.

De même, ces deux écritures diffèrent l’une de l’autre…

Une phrase de Rasmus Lindberg peut vous laisser avec suffisamment d’interrogations pour le reste de votre vie ! J’ai travaillé avec lui sur la dramaturgie car il proposait une pièce très suédoise à sa manière, avec un humour particulier. Son personnage supplémentaire, issu de la crise migratoire, débarque en Suède et se retrouve face à sept personnes en prise avec leurs problèmes intimes, perdues dans le sens de leur existence, leur santé, en crise de vocation, amoureuse, professionnelle. Ils se cherchent, et se retrouvent rassemblés par un fait-divers, concentré dans un, plusieurs, je ne sais combien de moments ! Si bien que, dans la pièce, nous sommes pendant, avant, après. Tout est complètement renversé. Fabrice Melquiot a, lui, un instinct de l’autre extrêmement fort. C’est un auteur à la fois prolixe et étendu dans ses humanités. Son personnage, Vera, est doublement marginal. Avec son implant cochléaire, elle entend, grâce aux avancées médicales d’aujourd’hui. Fabrice Melquiot sait restituer cette violence intérieure, ce vertige d’exister à l’écart des autres.