Sandrine Anglade

Depuis ses débuts en 1999, Sandrine Anglade fait dans la transgression. Théâtre, musique et mouvement : c’est en ces termes que l’artiste compagnon de la Scène nationale du Sud-Aquitain traverse mises en scène de pièces théâtrales, objets performatifs et opéras. Venue l’an dernier avec Jingle, conférence polyphonique pour une comédienne-chanteuse et quatre instrumentistes de musiques improvisées, elle nous fait traverser cette fois-ci La Tempête de Shakespeare tout en continuant d’exceller également dans un projet avec des amateurs : L’Étoffe de nos rêves. Avec Sandrine Anglade, le théâtre multiplie ses visages et continue d’être un lieu d’émerveillement ouvert à toutes les sensibilités.

Entretien avec Sandrine Anglade

À propos du Projet Partagé L'Étoffe de nos rêves

Dans la naïveté de l’année 2019, lorsqu’est né ce projet participatif, rassemblant autour d’artistes et techniciens professionnels, des publics amateurs de tous horizons, nous voulions raconter nos tempêtes, comment celles-ci nous ont transformés, comment elles nous ont permis de nous penser « autre ». Travailler sur cette métamorphose, définir le contour de cet autre nous-même, comme le fait le personnage de Prospero, héros de La Tempête de Shakespeare. C’était avant. Nous avons dû annuler notre projet et le lancer sur la rive de 2022, comme une bouteille que l’on jette à la mer contenant toutes nos promesses, tous nos rêves de devenir.

Depuis lors, nous n’avons cessé de naviguer au cœur des bourrasques, espérant chaque fois pouvoir un jour s’agripper à une épaule fraternelle, nous tenir enfin la main ou faire vibrer ensemble nos voix. Alors, notre projet a évolué. Forcément. Nous avons traversé la tempête et nous sommes différents.

Où sommes nous ? Ailleurs… comme les matelots du bateau pris dans la tourmente provoquée par Prospero et Ariel, l’esprit du vent. Ailleurs ? Sur une île. Ou peut être au théâtre. C’est là que nous vous invitons pour inventer, faire vivre nos imaginaires, par le chant, l’écriture. Pour jouer, pour recommencer, pour se raconter et croiser nos utopies et tisser l’étoffe de nos rêves. S’embarquer pour écrire ensemble une fable, un voyage, transmettre nos rêves… À vous tous qui voudriez partir avec nous, je vous confie ces mots de Jean-Luc Lagarce lorsqu’il travaillait sur L’île des Esclaves de Marivaux, des mots qui résonnent fort en moi aujourd’hui : « Le monde n'existe pas, il est ce que nous sommes, il est ce que nous voulons qu'il soit, nous le construirons bon et généreux ou dur et tyrannique. Nous sommes responsables de notre rôle, il suffit de prendre sa place. » Telle est notre invitation.

Sandrine Anglade, avril 2021