Jann Gallois

Promise à une brillante carrière musicale, Jann Gallois croise à quinze ans des danseurs de hip-hop au Carré des Halles. C’est une rupture et une renaissance, rapidement suivies de la découverte de la danse contemporaine. D’abord interprète, elle se lance dans une écriture chorégraphique qui interroge la relation à l’autre. De son premier solo récompensé par neuf prix, aux récents Quintette et Samsara, Jann Gallois, artiste associée à Chaillot – Théâtre national de la danse, surprend, avec sa compagnie BurnOut, par son inventivité et son art de la composition.

Entretien avec Jann Gallois

Quintette fascine par sa dynamique constante…

Le rapport au mouvement est le leitmotiv de mon travail chorégraphique. Il est toujours premier pour la création d’une nouvelle pièce. J’éprouve le désir continu de l’interroger, non seulement en tant qu’artiste, également comme être humain. La magie de la métamorphose, je la ressens dans mon corps. Il m’apparaît essentiel dès lors de l’extérioriser. Et de l’inscrire dans une pièce où les interprètes entrent en relation avec cette élasticité !

Ces liens dessinent le portrait d’une communauté le temps d’une pièce, non sans mésentente…

Le propre de l’être humain est de ne tirer aucun enseignement du passé… sûrement par paresse. Trouver l’harmonie au sein d’une communauté demande un véritable travail. Cette symbiose difficile, Quintette en montre les aléas. Ce conflit est poussé jusqu’à l’absurde dès la scène d’ouverture. Dès qu’une connexion aux autres s’établit, une jouissance toutefois apparaît.

Pour rendre sensible ce chaos sur scène, comment travaillez-vous avec vos interprètes ?

Quand je dirige mes interprètes, je leur décris très clairement ce qu’ils doivent incarner comme état psychologique. J’ai proposé ainsi aux interprètes de travailler sur la notion de vulnérabilité. Comment la traduire dans le corps ? De même, je les ai invités à interroger la préoccupation de soi. Ce concept tue l’homme, soucieux uniquement de son confort, et amène vers la colère, l’orgueil. Toute soif de considération est terrible. L’image finale de la pièce apparaît comme un repositionnement, une réconciliation.

De par son titre, qui implique les notions d’attachement et de libération, Samsara, terme sanskrit, tourne notre regard vers l’Orient…

Je suis de confession bouddhiste. C’est une pensée, une religion, qui m’a sauvée. Elle nécessite une foi. Mon lien avec l’Orient est dans cette foi. La pratique d’une religion et celle d’une activité artistique rendent ces deux aspects inséparables ; ils se nourrissent l’un de l’autre. « Samsara » signifie « ensemble de ce qui circule ». Cette pièce pour sept danseurs interroge à nouveau la cohésion d’un groupe : quelle en est la racine ? Qu’est-ce que l’attachement ?

Il se manifeste sur le plateau par la présence d’un huitième protagoniste…

Je voulais travailler avec un objet autre que des corps. Me confronter à quelque chose en plus sur le plateau. Que quelque chose qui « fasse danse » en soit le moteur. Un objet à contourner, à dénouer, physiquement et graphiquement, s’est imposé : une longue chaîne noire d’un poids de quatre-vingts kilos et de trente mètres de long ! Les essais ont été vite concluants… même si on peut vite s’emmêler les pinceaux !

Cette chaîne rend sensible cet attachement, jusqu’à la souffrance…

La soif d’attachement nous ramène toujours à nous-mêmes. La chaîne devient un moyen d’attacher les corps en étant également un objet esthétique. La question n’est ni le détachement, ni le renoncement. Il s’agit d’être dans le non-attachement, tenir les choses ensemble, développer de l’amour, avoir l’esprit de compassion. Et savoir s’élever sans aimer la souffrance. Conscientiser, mettre la lumière dessus, tout est là !